Walter Munk a 99 ans cette année et des yeux aussi pétillants que ceux d’un enfant. Il est une figure emblématique de Scripps, une légende bien vivante qui participe encore aux conférences ou événements sociaux, un chercheur qui ne s’arrête jamais d’explorer. Durant la Seconde Guerre Mondiale, Scripps a joué un rôle important dans la recherche et formation militaire. Walter Munk était un jeune chercheur en océanographie. Apprenant l’opération des alliés pour débarquer en Afrique du Nord, il s’inquiète des vagues et des conditions défavorables à un accostage. Lorsqu’il fait part de son avis au commandement militaire, on lui rit au nez. A force de persévérance, il obtient l’écoute de ses supérieurs et ses études sur les vagues et les marées sont enfin prises en compte. Bien-sûr lors de la préparation du débarquement en Normandie, ses travaux sont utilisés. La légende est née. Ce Jour-J, moment historique avec ses héros et ses anonymes, un chercheur à Scripps participe aux rouages du débarquement et laisse son empreinte dans nos mémoires. Et ce n’est que le début de la carrière de Walter Munk…

Celui-ci poursuit de nombreux travaux en océanographie et géophysique sur les vagues, la propagation des ondes et les marées internes. Ces travaux sur les ondes acoustiques sont connus à travers “long-range sound signals”. Les ondes acoustiques se propagent plus rapidement dans l’eau que dans l’air. Selon la température de l’océan, la vitesse des ondes est différente. C’est une manière d’observer le réchauffement de l’océan dû au changement climatique. En 1991, une expérience est menée, des ondes acoustiques sont émises depuis une île dans l’océan indien. Des stations en Atlantique et Pacifique les reçoivent. L’expérience réussie est nommée “the sound heard around the world”. Mais des inquiétudes quant à la perturbation des espèces marines telles que les baleines sont soulevées par des environnementalistes. Suite aux craintes du public, les études sur les ondes acoustiques sont réorientées vers leur effet sur les animaux marins. Ce ne sont que quelques exemples des projets menés par Walter Munk. La listes des médailles et récompenses reçues est interminable ! Parmi tant d’autres, il a reçu le prix Fulbright. Je vous invite à lire l’article biographique rédigé par le New York Times.

Ma rencontre avec Walter Munk fut lors de la soirée organisée pour les futurs étudiants chez lui. Imaginez un professeur de votre université ouvrir sa maison à une centaine d’étudiants ! Difficilement imaginable en France. Une maison sur la falaise, à deux pas de Scripps, là où les jardins se confondent avec la colline et plongent dans l’océan. Sa maison est vivante de toute son histoire, son bureau est toujours encombré de livres et même si la légende s’appuie sur un déambulateur, ses yeux sont d’une luminosité surprenante. J’ai eu la chance de l’observer, se faufilant entre les futurs étudiants avec un sourire malicieux. Puis quelqu’un l’a remarqué et lui a demandé une photo. J’ai assisté à la séance durant laquelle une dizaine de futurs étudiants ont défilé aux côtés de Walter Munk pour immortaliser leur rencontre. Toujours aussi souriante, la légende avait l’air de s’amuser de l’enthousiasme des jeunes autour de lui.

Je suis sûre que ce personnage a inspiré de nombreuses vocations à Scripps. Je le remercie d’ouvrir sa maison aux étudiants le temps d’une soirée et de nous donner la chance de croiser son regard pétillant. Rendez-vous l’année prochaine pour les 100 ans de Walter Munk !

PS: La photo d’introduction est issue du New York Times et à été prise dans sa maison à La Jolla.

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